Confucianisme et société japonaise

Publié: 29 juin 2011 dans La Vie l'Univers et le Reste, Manga
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Il est présentement 1h40 du matin. J’ai passé les 2 dernières heures à lire du yaoipour la première fois, et certainement la dernière, de ma vie – et à regretter un peu d’avoir commander un (très bon) Burger 66 au 66 Café (Rue de Lappe). Et puis depuis le Djinn d’hier soir, j’ai un peu mal au corps, mais ça, je comprends pas pourquoi ni comment. Bref, je n’arrive pas à dormir à cause de la digestion et des images de corps dénudés et moites de jeunes hommes s’adonnant au stupre sodomite. Je me décide donc à chopper un bouquin, n’importe lequel, de ma bibliothèque (j’ai épuisé depuis longtemps les réserves de ma petite mangathèque parisienne, l’essentiel de ma collection étant stocké chez mes parents, et j’ai un peu la flemme de me mettre à lire Les Aventures de Luther Arkwright maintenant). Aussi me mets-je à compulser un peu n’importe comment L’Atlas de la Philosophie, de Peter Kunzmann, Franz-Peter Burkard et Franz Wiedmann (rien que de lire leurs noms, on se dit que ces mecs doivent bien se fendre la gueule entre eux, à parler de Rousseau qui se faisait courser par son précepteur ou Diogène qui a eu une des morts les plus stupides de l’histoire des morts de mecs célèbres).

Je compulsais vaguement le volume quand je tombe, pages 22-23 (je ne vous mens pas, j’ai l’ouvrage entre les mains, et y’a écrit 22 et 23 en haut des pages) sur un volet consacré à la philosophie orientale : Chine I/Confucianisme ; Ecole du Yin-Yang. Bien bien bien…

J’y apprends que le Lun Yü (Les Entretiens) est un ouvrage qui compile les dires de Kongfuzi, aka Kongzi, aka Confucius, aka l’arbitre dans le match de foot entre philosophes grecs et allemands du sketch des Monty Python. Il faut croire que les philosophes de l’époque étaient des gros flemmards infoutus d’écrire eux-même qui laissaient leurs disciples faire tout le boulot à leur place (cf. Platon pour Socrate). Bref, dans ce bouquin dont j’ai, peut-être, un jour, aperçu la tranche en me perdant par hasard chez Gibert, Confucius décrit le comment d’une vie pratique et morale et vertueuse. Pour ce faire, il construit son raisonnement autour de la philosophie politique. Ainsi, si quelqu’un veut gouverner un pays, il doit d’abord être capable de tenir sa famille en ordre (la famille, c’est le PPCM de la société chinoise ancienne, apparemment). S’il veut tenir sa famille, il doit d’abord former son caractère (logique – est-ce qu’on élirait un détraqué sexuel ou un personnage sanguin de petite taille pour diriger un pays, hein ?). S’il veut former son caractère, il doit posséder un cœur droit (cardiopathes, passez votre chemin). S’il veut posséder un cœur droit, il doit d’abord penser droit (?). S’il veut penser droit, il doit d’abord parvenir au jugement droit (et pour qu’il y ait un jugement droit, il faut un pays bien gouverné, et bla bla bla).

Bref, les vertus fondatrices de la pensée confucéenne que sont l’humanité, la droiture, la décence, la sagesse, la loyauté, la terre, l’eau, le feu, l’air et le cœur ne peuvent se réaliser que si les relations interpersonnes fondamentales existent et sont respectées. Ces relations sont les rapports hiérarchiques entre souverain et serviteur, père et fils, aîné et cadet, époux et épouse,… Et là, tu te dis « HEY, MAIS CA RESSEMBLE TROP A CES RELATIONS QU’ON ENTRAVE RIEN DANS LES MANGAS ET TOUT, LA, CARREMENT TROP, MEME  ! » Et tu auras bien raison, petit d’homme.

Le fondement même de la société japonaise repose donc sur ce principe, énoncé par un vieux monsieur même pas japonais (pire, CHINOIS !) né avant le Christ (donc, d’après Dante, il doit présentement errer quelque part dans les Limbes – ouais, comme dans Inception – BRRRRRRRAAAAAWWWWRWRRRMRMRMMRMRMMMMM) postulant que le mec bien né est supérieur au roturier, que le vieux est mieux que le jeune, et que l’homme est, bien entendu, au dessus de la femme (ce qui laisse à penser que Confucius était un fervent pratiquant du missionnaire). Il le dit lui-même : l’idéal est le noble cultivé, le sage. Les philosophes rois, en somme. Ah bah super, vois comment il est méga progressiste, le gars.

Vous comprenez, maintenant, pourquoi les japonais, dans les animes ou les mangas, ils s’appellent sempai, même si le plus jeune est plus balaise que son aîné. En aparté, sachez que quand on tape « sempai » dans Google Images avec le SafeSearch en modéré, on tombe sur plein de screencaps de Honey-sempai, le blondinet insupportable de Ouran High School Kiss Kiss Fall in Love. Je ne comprends pas…

Bref, dans le manga, on retrouve des exemples un peu plus concrets et imagés de ce point dans Genshiken, OreImo, K-ON ! ou encore Sayonara Zetsubou Sensei.

Mais à tous ces préceptes vieux, il faut ajouter d’autres préceptes moins vieux, venant du néoconfucianisme, qui voit le jour au tournant du XIème siècle après Jean-Claude. Ce néoconfucianisme, lui aussi structurant dans le Japon (pour en savoir plus, lisez donc ça, ça vous fera les dents), explique un autre aspect important de cette société nippone décidément bien différente de celle du pays du cassoulet.

Le néoconfucianisme se pose comme un système dualiste, opposant Li, la raison universelle (la société comme un être vivant, en somme), et Qi, le principe matériel (l’individu en tant qu’être particulier). On pourrait penser que les deux principes vont s’équilibrer et que tout va bien. Mais le système est plus pervers que ça. Comme la nature éthique de l’individu possède son modèle dans l’universalité, Li > Qi. For the greater good, comme dirait le coiffeur de Jim Carrey (qui, je le suppose, parle anglais). On peut expliquer ce choix un peu facile d’un système holistique dans les difficultés que la dynastie Song a à maintenir une unité chinoise alors que ces barbares du Nord font rien qu’à être embêtants aux frontières et tout.

Ca explique donc cette fâcheuse tendance qu’ont les extrême-orientaux à penser que le tout est plus grand que la somme des parties. Ca s’appelle le holisme, et ça désindividualise la personne au profit de la société. Le salaryman japonais en est le parfait exemple, en petite fourmi industrieuse qui a connu son heure de gloire dans les années 70-80.

Dans le manga, on observe ce phénomène dans Neon Genesis Evangelion (Shinji qui lutte contre ses démons pour le bien de l’humanité), Angel Beats! (le personnage même de Otonashi), ou encore Ikigami.

Voila voila… C’est tout pour ce petit cours de philosophie chinoise pour les nuls rédigé par un nul. Maintenant, je vais essayer de dormir un peu, en pensant le moins possible au fait que le vais interviewer une meuf qui fantasme sur des mecs qui se roulent des pelles et plus si affinités dans moins de 12 heures…

Sinon, y’a aussi Japan Expo, là, genre très très bientôt. Eh ben j’y serai. Je serai le mec avec un T-shirt. Voila.

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