Jus†ice – Civilization

Publié: 6 septembre 2011 dans La Vie l'Univers et le Reste
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Alors que tout le monde conspue avec allégresse les capacités horticoles des jardiniers roumains entretenant les pelouses du stade de Bucarest et que des blaireaux en short crient « on est pas fatigués ! » sous ma fenêtre, je l’annonce ici : rien à taper de la balle au pied. Si Domino’s ne m’avait pas spammé en m’annonçant qu’ils faisaient une promo spéciale ce soir parce que y’a match, j’aurais certainement encore longtemps vécu dans l’ignorance crasse, n’ayant pas su qu’un match au sommet avait opposé les glorieux coqs gaulois aux farouches guerriers daces, à mon grand dam à n’en pas douter. Et puis là, j’ai pas de télé, donc ça facilite pas mal le bouzin. Bref, je profite de mon temps libre à pas écrire des articles en retard pour déblatérer sur l’avant-dernier clip en date (le dernier est sorti aujourd’hui et s’intitule Audio Video Disco et est bien pourri) de notre autre exception culturelle musicale française internationale (après le Daft, Phoenix et – sigh – Guetta), les un peu overrated Jus†ice (avec la croix, parce que c’est carrément plus stylé, t’as vu). Le morceau s’intitule très sobrement Civilization. ATTENTION, CE POST CONTIENT PLEIN DE SURINTERPRÉTATION, DE OVER THE TOP ET DE MASTURBATION INTELLECTUELLE STÉRILE (redondance). MERCI DE BIEN VOULOIR EN TENIR COMPTE. ET CETTE COULEUR ROUGE FAIT PLUTÔT MAL AUX YEUX

RELEASE THE KRAKEN !

C’est l’histoire d’une raclette…

Pour les quelques rares qui n’ont jamais guinché comme des dératés sur D.A.N.C.E. ou We Are Your Friends, Jus†ice (ou Justice, pour des raisons de simplicité typographique – c’est quand même bien chiant de copier/coller cette croix) est un groupe d’électro quelque chose (pop ? rock ? métal ? bli ?) français composé de Gaspard Augé, un grand barbu, et Xavier de Rosnay, un petit chinois. Ils se sont faits découvrir par le monde en 2003 avec un remix du morceau We Are Your Friend, du groupe britannique Simian (maintenant devenu Simian Mobile Disco – même qu’ils font des clips avec des Roumains dedans ; HA HA ! LIEN AVEC LE MATCH ! TOUT EST LIÉ ! TOUT EST… ahem, pardon…). La légende veut que ce remix tubesque qui a valu au duo un MTV Europe Music Award du meilleur clip (et un bâchage par le déjà ridicule Kanye West – Y’AVAIT PAMELA ANDERSON DANS SON CLIP, IL AURAIT DÛ GAGNER, BON SANG !) ne serait jamais sorti des cartons si Justice et Pedro Winter (chef de chez Ed Banger) ne s’étaient rencontrés lors d’une raclette party, et que les deux branleurs n’avaient fait écouter leur trifouillage musical à celui qui deviendrait leur producteur.

Depuis, il y a eu  (encore cette putain de croix), les placements musicaux dans les pubs (Waters of Nazareth, D.A.N.C.E., Civilization justement), la polémique (Victor) avec le clip de Stress, le faux docu A Cross The Universe, plusieurs kilos de remix étonnants et dansables, et la notoriété, la notoriété, la notoriété. Ah, si, aussi, ils ont rendus la culture g33k un peu moins ringarde, en signalant au monde que, merde, les bandes son des films de Carpenter ou Romero défoncent pas mal aussi.

Puis vient 2011

Depuis la sortie de Planisphère et A Cross The Universe, le groupe en tant que lui fait assez peu parler de lui, ronflant très certainement sur les nombreux matelas de pognon qu’il a disséminé de par le monde. Il y a bien quelques collab’, quelques trucs en solo, la signature chez Elektra… Mais musicalement, on attendait toujours la pépite. Jusqu’à cette pub pour un équipementier sportif allemand :

Derrière la caméra, Romain Gavras, le fils de Costa, d’abord connu pour son travail au sein de Kourtrajmé, puis pour différents clips (dont celui avec les Roumains – TOUT EST LIÉ !), et aussi pour Notre Jour Viendra que j’ai pas vu alors j’peux pas en parler. Il ne faut pas le confondre avec Kim Chapiron, aussi issu de Kourtrajmé, mais qui a fait des clips avec Michael Youn, et des films comme Sheitan ou Dog Pound (que j’ai vu, mais que je vois pas pourquoi j’en parlerais). Avec ces 120 secondes, Gavras nous prouve que malgré son style un peu brut pas toujours très élégant ni agréable à voir, c’est un putain de monteur qui arrive à raconter un truc qui a du sens avec tellement d’éléments différents.

Mais le propos n’est pas à l’étude de la cinématographie de quelque wanabe provocateur biberonné aux films de qualité de papa et à la street cred’ de ses potes. Le propos est à la musique, à l’art qui, de Bach à Jimmy Page et de Verdi à Aretha Franklin, transcende l’humanité. Bon, parfois, on tombe aussi sur des trucs comme Sandy Valentino ou James Blunt et c’est dommage. Mais bon, la musique qui nourrit l’amour, jouons, tout ça, surtout si c’est du Cannibal Corpse. Et la musique qu’on entend vaguement, celle qui sert de fond sonore à cette réclame, c’est le premier titre tiré du nouvel album de Justice qui doit sortir le 24 octobre et que les journalistes musicaux ont droit d’écouter qu’une seule fois, dans les studios du groupe, avec fouille corporelle avant audition pour pas qu’il y ait de piratage (je ne déconne pas) pour en dire plein de bien après dans des magazines. Ce premier « single » s’intitule donc Civilization. Et il a eu droit à un clip, que je vous propose d’analyser présentement.

Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire humain (j’vous avais prévenu que ça serait pompeux et branle-bourse)

Le clip est réalisé par Édouard Salier, qui a fait plein de trucs pour Orishas, et puis des pubs aussi, et des courts métrages, parce qu’on serait rien sans ça. Voila pour la fiche technique, on est pas là pour enfiler des mouches non plus, et il est tard, et je bosse demain, merde, et si je veux pas que mes collègues se foutent encore de ma gueule parce que j’ai de la bourre, faut au moins que je dorme un peu. Chier.

Alors Édouard, il aime bien la CGI, alors le clip, il est fait que de ça. Avec une image légèrement cramée pour donner une patine un peu old school à l’ensemble. L’ouverture se fait sur des canyons, avec  une voûte céleste quadrillée à la Mercator en toile de fond. On voit un occulus de lumière qui donne vers le sol, des monuments et sculptures plus ou moins achevés taillés dans la masse de la pierre, et des bisons (qui est le verlan pour zombie). A un moment, la terre se met à basculer, et le ciel devient le sol, et la terre devient le ciel. Les bisons, évidemment, ils sont tous déboussolés. Mais c’était sans compter l’écroulement des trucs terrestres sur le ciel (oui, parce que la gravité a changée aussi, hein), et que boom badaboom le Grand Bouddha de Kamakura, et splash le Christ Rédempteur, et que crack Atlas qui ne hausse plus les épaules. Forcément, les bisons qui sont un peu cons courent, et, attirés comme des moustiques vers la lampe halogène, se précipitent vers l’occulus. Là, il y a un gigantesque visage doré avec des yeux en rubis, et ça en jette un max, et y’a un bison au regard paniqué qui tombe dans le trou. FIN.

EXTREME U-TURN ! AWESOME !

Que tirer de cet amas d’images dingues ? Voici la théorie que je vous propose.

Nature et Culture : Man vs. Wild

Le clip prend place dans un décor certes fictif, mais qui n’est pas sans rappeler les paysages de canyons nord-américains, qu’on peut trouver en Arizona (un état d’Amérique dans lequel Harry zona). La roche rouge et les stries pourraient aussi faire penser à certains secteur du Proche-Orient (on pense au site de Petra, notamment), mais les pierres en équilibre, typique de la région des canyons US nous permet d’évacuer cette théorie. Par ailleurs, le bison est un animal éminemment nord-américain (ouais, y’a aussi des bisons d’Europe, ouais ; mais si t’as cherché ça juste pour troller, va donc sur jeux-video.fr), bien que vivant dans les Grandes Plaines. Les bisons sont donc paisibles dans cet univers désert, où le soleil se lève sur un ciel monochrome marqué de latitudes et longitudes. Qu’est-ce que ça nous apprend ? Ca nous apprend que l’immensité de la Nature. Les cailloux et les bisons sont. Point. La seule trace d’humanité dans tout ce bazar, c’est la « civilisation », repérée ici par la monumentalité. Après tout, quoi de plus humain que la création artistique (et, par extension, la représentation figurative) ? Au début du clip, nous sommes donc face un statu quo entre Nature et Culture. Les pierres sont, au même titre que les objets. Les bisons, seuls éléments vivants, semble-t-il, sont. Tout le monde il est pareil, c’est génial. Peut-être qu’à un moment les hommes (disparus, manifestement) qui ont érigés ces monuments ont, par orgueil, essayés de dépasser la Nature. Mais leur absence démontre qu’un rééquilibrage a eu lieu.

Puis c’est le basculement. Le monde à l’envers. La fin de ce monde, finalement. Le retournement pourrait signifier un changement d’ordre. Cependant, pendant un court instant, alors que la symétrie sol/ciel semble au mieux, et que tout est encore à l’horizontal, il n’y a pas encore déséquilibre. Il y a révolution, certes, mais la Nature équivaut toujours à la Culture. On notera aussi par ailleurs que les bisons survivent.

Enfin, c’est le délitement de tout. Ou plutôt le délitement de l’humain. La Culture tombe et se fracasse. Observons l’ordre des choses qui tombent. Tout d’abord la tête de la Justice. Au-delà du clin d’œil fait au groupe qui compose la musique habillant ces images (ou l’inverse), c’est une idée particulièrement humaine qui s’écroule. La Justice régie la société des hommes. Certes, on parle aussi de tribunal des corbeaux, par exemple. Mais cette « justice » (que j’écris ici en minuscule) naturelle est bien moins sociale que sanitaire : les corbeaux se réunissent autour d’un des leurs pour l’observer, et le laisser réintégrer le groupe ou le mettre à mort ; un œil non-expert pourra considérer ceci comme un jugement animal. Cependant, des études ont démontré que les corbeaux observent leur tiers pour savoir s’il est atteint d’une maladie contagieuse ou non, et décide alors de le mettre à mort afin de préserver la santé du groupe. La Culture n’est pas présente ici. Il y a moins Justice que purification hygiénique. Bref, la Justice qui disparaît, c’est le groupe social qui éclate et qui n’est plus régi par les lois humaines, la fin de la communication. Restent les lois divines et naturelles.

Or, les éléments à tomber ensuite sont la tête du Grand Bouddha de Kamakura, les doigts du Christ Rédempteur, un Moai,… C’est au tour du divin de se morceler. Or, idem, la religion est une chose terriblement humaine. Les dieux n’ont pas créé les hommes. Ce sont les hommes qui ont créés les dieux. Sans êtres humains pour les révérer, les dieux ne sont plus rien. La miséricorde, le châtiment, le pardon, etc… Tout cela existe dans l’homme avant d’être dans le divin. Si le divin n’est plus, c’est que l’homme, donc la Culture, n’est plus non plus.

Puis c’est le globe d’Atlas qui s’écrase sur la voûte céleste. Et ça, si ça veut pas dire la putain de fin du monde, je saisis pas. Atlas est un titan qui, trop bon, trop con, parce qu’il était dans le mauvais camp pendant la Titanomachie, s’est retrouvé contraint par Zeus à porter la Terre sur ses épaules (un peu comme Barack Obama aujourd’hui). Y’a bien quelques moments où il a cru pouvoir se sortir de cette situation, comme quand Hercule est venu lui rendre visite. Mais un titan de première génération, c’est pas très malin, et quoiqu’il arrive, il se fait toujours couilloner à reprendre sa place de porte misère. Donc Atlas qui laisse tomber le globe, c’est la fin du monde tel qu’on le connaît. Et par monde, on entend humanité, hein, parce qu’encore une fois, Atlas, c’est une représentation humaine.

Après cette fin du monde, tout n’a plus aucun sens et peut bien partir en zguègue. Ainsi tombent un bateau (destruction du lien entre les hommes et les dieux), une tête de cheval (mort de la noblesse), un tête de guerrier casqué (fin des idéologies), un pan du Mont Rushmore (disparition du politique, donc de l’ordre social)… Et puis les bras tendus vers le ciel, ultime supplication des humains envers une Nature toute puissante qui a causé leur perte. Même l’espoir est mort, quoi.

Et enfin, il y a ce visage énorme aux yeux laser. On a vu que les dieux n’existaient pas, alors qu’est-ce qu’il représente, pour que même les bisons soient impressionnés par sa prestance ? Plusieurs théories :

  • C’est le Soleil. Tout simplement. Entité naturelle, il est normal que le Soleil survive à la disparition de l’humanité dans la lutte Nature/Culture. Cependant, le Soleil est rarement représenté sous la forme d’un visage. Amaterasu à la rigueur, et encore… Plus souvent, c’est le disque associé à l’entité divine responsable du Soleil qui est la source même de la lumière.
  • C’est la Connaissance. La Connaissance représentée comme quelque chose de brillant est un symbole commun. Mais ça serait surprenant. L’être humain, dans toute sa grandeur et toute sa superbe a toujours estimé être le seul a pouvoir accéder à la connaissance. On parle bien d’animaux savants, mais ce sont des tours que des humains leur ont appris qu’ils reproduisent. Que la connaissance subsiste signifierait qu’il y a encore une chance pour la Culture de persister. Notons à ce point du raisonnement que Soleil et Connaissance font souvent un. Icare s’est brûlé les ailes parce qu’il voulait s’approcher trop près du Soleil, trop près du Savoir ; Apollon est le dieu du Soleil, mais aussi des Arts rationnels ; Amaterasu est la déesse du soleil mais aussi de la culture du riz, du blé, et l’élevage du ver à soie ; l’Inti inca a engendré le dieu de la civilisation,… Sans parler des enfants du soleil qui parcourent la terre et le ciel…
  • C’est le vrai dieu. Toutes les autres représentations qu’a pu faire l’homme du divin était des faux. Le seul et vrai dieu, c’est ce truc doré. Il est à l’origine de tout, et est donc Nature (la Culture est le fruit de l’humanité, qui est le fruit de ce vrai dieu, qui est Nature). C’est lui qui est à l’origine de l’environnement d’idées dans laquelle l’être humain a pu vivre avant de disparaître. Un peu comme le truc à la fin de l’Incal.

Bref

A la fin, les monuments ne sont plus. Ne subsistent que le ciel du sol, les cailloux du ciel, et les bisons qui vont devoir endurer un certain nombre de thérapies avant de se remettre de cette apocalypse. In fine, le message que je retire de ce clip, c’est que malgré le trou dans la couche d’ozone, les marées noires et les pluies acides (phénomènes de détérioration de la Nature par la Culture), la Culture ne tient pas longtemps face au déchaînement de la Nature. On en a des preuves depuis longtemps : Pompéi, Fukushima, les cités lacustres, le Krakatoa ou les raz de marées de 2005. Pendant ces moments, la Culture n’est rien face à la Nature. Et qu’en ce sens, l’humain (culturel), qui procède de la Nature, ferait bien de pas trop jouer aux apprentis sorciers climatiques ou tectoniques. Après tout, la Nature a prouvé, avec l’extinction des dinosaures, qu’elle était plus forte que tout, même la destruction. La preuve, la vie a continué après malgré tout.

Et maintenant, un p’tit remix de Skate or Live des Best Fwends par GOTO80 et au lit. Et bientôt, le retour des post qui parlent de manga et compagnie, parce que la branlette intellectuelle, ça va un moment.

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