Summer Wars : We are family – et autres disgressions

Publié: 24 novembre 2011 dans Japanimation, Otakisme
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Alors alors alors… quoi de sensass depuis la dernière fois? A vrai dire, je ne sais plus. Je ne suis plus spécialiste, ça c’est sûr… Ah, ouais, j’ai pas pu assister à l’avant-première de La Colline aux Coquelicots à cause du programme nucléaire iranien, ce qui me fait un peu l’effet d’un fussoir puissance 12. A part ça… hélas rien. Ma vie a repris sa monotonie d’antan, loin du faste et des dorures nantaises (Un jour, cette ville sera mienne… Oh oui ! Elle sera mienne…), et plus proche de la froideur grise de la capitale. J’écoute War de Blitz the Ambassador et c’est dur de se concentrer, parce que ce morceau me donne envie de jouer à Europa Universalis ou à Risk exprès pour pouvoir envahir le monde, chevauchant un destrier mécanique forcément mythologique, brandissant mon épée de feu au vent, pourfendant goules comme infidèles dans des gerbes d’hémoglobine dantesque.

J’ai pas trouvé War sur Youtube. Alors je mets le Dies Irae du Requiem de Mozart qui sert de sample au morceau.

Me revoilà donc seul dans mon appartement petit bien que chouette, à attendre que le temps prenne son temps. Seul. Sans famille. A me morfondre devant ces feel good movies/series style genre The Royal Tenenbaum, Raising Hope (poke @Barth_) ou Little Miss Sunshine, où des familles, bien que dysfonctionnelles à souhait, affrontent l’adversité soudées, pour un finale dans la joie douce-amère. Je regarde Buffy aussi, mais c’est parce qu’il serait dommage que l’intégrale que je viens juste d’acquérir prenne la poussière trop vite. Mais pouf pouf, revenons à nos moutons.

Y’a un truc marrant, avec le gigot de mouton, c’est le morceau qui s’appelle la souris. Quand ça confit, c’est vachement bon, parce que la cuisson à basse température permet la lente transformation des graisses en glycogène ou un truc du genre qui fait que les machins durs deviennent de la gelée. C’est de la physique, donc faut pas m’en vouloir, la dernière fois que j’en ai fait, c’était en 2003 (année caniculaire ; ce mot est intéressant : la racine, c’est CANIS, le chien en latin, parce qu’on pensait que Sirius, l’étoile principale de la constellation du Grand Chien – qu’on ne voit donc que l’été dans l’hémisphère nord – était responsable des grandes chaleurs). Bref, la cuisson lente et longue du mouton est conseillée, la viande de cet animal étant autrement plus dure que cette du jeune agneau (il existe des hentai où des agneaux tout innocents, même pas fury ou quoi, se font violer par quelque abominable pervers ; j’en ai des frissons dans le dos). ET DONC la souris, dans le mouton, c’est marrant comme nom, parce que c’est aussi celui d’un animal. Genre y’a un mammifère qui vit dans un mammifère quoi. Dans sa cheville qui plus est ! N’importe quoi. C’est pas Dionysos ! C’est de la viande, bon sang ! Mais je crois que je me suis un peu égaré…

Yum yum.

Alors, ouais, y’a un film d’animation japonaise aussi, où une famille dysfonctionnelle se soude pour survivre à l’adversité des difficultés et tout. Cet anime, c’est Summer Wars. Je vais essayer, dans ce post qui commence fort mal, de décrire l’image de la famille telle que fantasmée dans un Japon calquant de plus en plus sa norme socio-familiale (famille nucléaire père-mère-enfants et basta) sur l’Occident.

Summer Wars, un film qu’il est très très bien

Présentons d’abord l’œuvre analysée : Summer Wars. Il s’agit du dernier long métrage en date de Mamoru Hosoda, un génie qui a su intégrer de manière magistrale une esthétique superflat (Takeshi Murakami, le postmodernisme, la deuxième génération d’après Hiroshima donc le fantasme du traumatisme de la bombe, la culture pop et Kirsten Dunst qui chante avec des cheveux bleus à Akihabara) dans l’animation, tout simplement. Ses premiers faits d’armes, ce sont des films de Digimon, que j’ai pas vu, donc j’en parlerai pas. Par contre, j’ai vu son Omatsuri Danshaku to Himitsu no Shima, le 6ème film de One Piece (sortie prévue en DVD en France courant du premier semestre 2013), qui est sacrément dark avec des images creepy, à mille lieues du One Piece « For Kids », vanté par Funimation aux Etats-Unis (par exemple).

Ayant gagné une certaine notoriété avec ces quelques films à licence – et réalisé entre temps un chouette court métrage intitulé Superflat Monogram – il se lance dans son premier grand œuvre : La Traversée du Temps (ou Toki o Kakeru Shôjo dans le texte). « Un très bon long métrage vraiment à découvrir » me disait Morgan Magnin (toujours lui) le 29 octobre 2007 au micro de Happy Culture, une émission qui, outre son nom construit sur un habile jeu de mots que les meilleurs experts de RTL nous envient toujours, traitait de tout et n’importe quoi, mais surtout avec un angle over the top et intellectualisé (bouh que j’étais mauvais à l’antenne à l’époque… Pour ma défense, il s’agissait de la 3ème émission à laquelle je participais, et la première que je coordonnais du début à la fin). Parce que la culture, quôa. Et c’était diffusé sur Prun, et c’était entre 2007 et 2008, et si tu l’as pas écouté à l’époque, ben t’es un peu un loser (ou une loseuse, ne soyons pas discriminants).

Dans les grandes lignes, c’est l’histoire d’une fille qui peut voyager dans le temps, et qui va se servir de ce pouvoir non pas pour voir la magnificence des dinosaures ou pour téléphoner à Graham Bell (quel amusant paradoxe), mais tout simplement pour réparer les petits trucs qui vont pas dans sa vie immédiate. C’est très bien, et disponible en France, alors foncez.

Et en 2009, il sort ce film de fou, Summer Wars. Très rapidement : il existe un réseau social où tout le monde est connecté mais sans que ça soit techno-weird comme Matrix ou Tron. C’est plus une sorte de über Facebook appelé OZ, où en plus de faire toutes les débilités habituelles des réseaux sociaux (jouer, stalker ses potes, glander sur le web et s’échanger des informations pas toujours intéressantes), on peut discuter avec n’importe qui puisque ce cyber espace intègre un traducteur universel. On peut aussi effectuer des transactions financières pour acheter des trucs qui vont de la pizza au voyage dans les Caraïbes (rien à voir avec les Facebook Credits, hein, du vrai argent), contrôler le trafic routier ou la pression des canalisations hydrauliques, gérer des satellites,… des choses folles mais pas forcément improbables. En tout cas, c’est un état de fait : tout le monde utilise OZ, pour quelle que raison que ce soit, et il ne semble pas y avoir d’Envoyé Spécial ou de Lundi Investigation pour s’en inquiéter.

Dans ce monde qui ressemble au nôtre mais avec OZ, il y a Kenji, lycéen normal à ceci près qu’il est quand même très très balaise en maths. Pour se faire un peu d’argent de poche, il bosse en tant qu’administrateur sur OZ. Jusqu’à ce que Natsuki, sa jolie sempai, lui demande de l’accompagner à une réunion familiale. Pourquoi lui ? Parce qu’il a gagné à pierre-ciseau-feuille contre son pote qui était là. Ce qui soulève la question : pourquoi l’idole du lycée irait chercher des losers de geeks qui passent leur temps libre à faire du code pour servir d’escort ? Mystère. Ou alors il s’agit encore d’un particularisme nippon qui m’échappe et qui me fait aimer un peu plus ce pays.

Bref, bien content de fuir un temps la chaleur de ses ordinateurs pour accompagner cette fille qu’il admire craintivement (il est adolescent, je vous le rappelle, on en est tous passé par là – on en est même parfois pas encore complètement sorti…), il va bien vite constater qu’il sert avant tout de faire valoir à Natsuki devant son immense famille composée de plus d’une vingtaine d’oncles et tantes et cousins, proches comme lointains, et menée par une mamie comme on aimerait tous en avoir (malgré les deux énormes chicots qui lui servent de dentition). En effet, Natsuki-senpai fait passer Kenji pour son petit ami, étudiant à Tôdai, héritier et de retour des Etats-Unis. Stupeur de la part de notre anti-héros.

DEUX CHICOTS !

Et en plus, en décodant une étrange suite de chiffres, Kenji aurait permis à un méchant hacker de prendre contrôle de OZ, saccageant tout sur son passage et cassant les belles couleurs de l’univers. Bien vite poursuivit par les autorités compétentes pour piratage informatique, Kenji va devoir laver son nom pour rejoindre celle qu’il aime bien (je t’aime tout court, la différence s’appelle l’amour), sa famille, et en définitive, sauver ce qu’il reste à sauver (parce que le monde est bel et bien en danger à cause de ce piratage, des centrales nucléaires étant en jeu).

OZ, avant et après

Voilà pour un aperçu rapide de Summer Wars. Cependant, pour l’analyse en elle-même, je vais largement aborder et dévoiler des points clés de l’intrigue. Aussi, si tu crains les spoilers, cher lecteur qui n’a pas vu ce chef d’œuvre tant esthétique que scénaristique qu’est le film, abstiens-toi de lire la suite, et va vite chez ton loueur de VHS le plus proche pour t’en procurer un exemplaire sur Laser Disc. Ca vaut le coup à donf’. Et dans le doute, je rajoute ici un bon gros ATTENTION, SPOILERS !!

Le repas, élément fédérateur

Si on peut penser au départ que la thématique principale de Summer Wars est le rôle des réseaux sociaux dans nos sociétés (redondance, mais j’ai pas trouvé mieux) consuméristes et pacifiées, on découvre bien vite que la vraie problématique, c’est la famille.

Un événement particulier réunit cette immense fratrie : les 90 ans de la doyenne, toujours alerte pour son âge. Toutes les personnes qui lui sont liées (à savoir ses enfants, et les enfants de ses enfants, et leurs enfants) ont fait le déplacement jusqu’à Ueda pour la célébration.

Et une des premières choses qu’on voit quand on arrive dans l’immense propriété, c’est un plan sur des bacs en polystyrène pleins de seiches qu’un des grands-pères, pêcheur de son état, ramène pour le déjeuner. Et on enchaîne d’ailleurs directement sur un plan où on voit ces mêmes seiches, réduites à l’état de sashimi. Ce plan ouvre d’ailleurs la première scène de déjeuner, où Natsuki présente à Kenji sa famille. La présence même de cet élément autour de la table, annoncé comme « le fiancé de Natsuki », montre son intégration initiale à cette famille nombreuse. On va l’inviter à manger tout ce qu’il veut, preuve de l’opulence de ceux qui l’accueillent. On va même jusqu’à lui proposer à boire de l’alcool – alors qu’il est mineur, la vente et/ou distribution d’alcool étant interdite aux moins de 20 ans au Japon –, signe de son statut de mâle adulte, donc intégré au clan.

Ika Musume a bien changé

Le repas est essentiel, et est un des fils conducteurs du film. Le premier contact un peu intime entre les deux protagonistes se fait dans le train, quand Natsuki offre à Keiji un bento qu’elle lui a acheté en remerciement de la peine qu’il se donne. C’est aussi autour de la table qu’on suit les matches de Ryôhei, gloire sportive de la famille, dont l’équipe de baseball s’est qualifiée pour le tournoi national. Enfin, avant la bataille finale, et malgré le deuil, toute la famille se retrouve pour se rassasier et prendre les dernières forces nécessaires.

La salle à manger et la cuisine sont les deux centres névralgiques de la maison. Dans la première, la famille peut faire le point sur la journée écoulée, et échanger (dans le tumulte comme dans le calme) sur une situation donnée. Dans la seconde, les femmes se retrouvent. C’est leur lieu de pouvoir (au début du film, il est expliqué que la famille Jinnôchi, à laquelle appartient Natsuki, a surtout été une matriarchie), là où se prennent les décisions, importantes (organisation des différentes cérémonies) comme triviales (le menu du soir).

Jean-François Piège cite le cuisinier Michel Bras dans le numéro 5 de Fricote : « N’oublie jamais que l’un des seuls endroits où se réunit la famille, c’est la table. » C’est à cause d’un postulat similaire que Claude Chabrol (amateur de bonne chair s’il en était) intégrait quasiment systématiquement à ses films sur les mœurs de la bourgeoisie française des scènes de commensalité. Lors d’une réunion aussi importante que celle qui sert de point de départ à Summer Wars, la table ne peut être que l’élément directeur. Et si être autour de la table, c’est faire partie de la famille, ne pas y être, c’est en être exclu.

Ainsi, 3 personnages sont de fait absents à certains moments clés de l’intrigue, symbole d’une forme d’ostracisme. D’abord, il y a Kazuma, qui ne vit quasiment exclusivement que pour et par OZ, où il est un combattant reconnu. Ayant préféré son identité virtuelle à celle IRL, il est absent des repas au début du film. Ensuite, il y a Kenji. Quand la famille apprend qu’il est recherché pour être impliqué dans l’affaire de piratage, il ne partage pas le petit-déjeuner avec eux. Il est justement avec Kazuma, à essayer de comprendre ce qui arrive à son avatar. Enfin et surtout, il y a le fils prodigue, Wabisuke. Vivant depuis plus de 10 ans en marge de sa famille, il s’est construit cette réputation de renégat/enfant perdu en quête de reconnaissance. Son retour, considéré comme inopportun par certains membres, est jugé avec méfiance. Et quand la crise majeure éclate après la révélation qu’il est à l’origine du programme responsable de tous les problèmes dans OZ, il est contraint de quitter la table, donc le cercle familial. Cette dernière situation est comparable à la fin du film Festen de Vinterberg, par exemple, où le patriarche, accusé à raison de pédophilie sur deux de ses enfants, est exclu de la table du petit déjeuner. Ca n’est que lorsque le fils renégat décide de revenir et d’aider Kenji et les autres à entraver le programme pirate qu’il a le droit de récupérer la place auprès de ceux qui sont redevenus les siens. D’ailleurs, dans la lettre adressée à sa famille au cas où elle mourrait, Sakae ne rappelle-t-elle pas que, lors du retour éventuel de Wabisuke, il faudra le nourrir ?

Il peut paraître paradoxal que le film ne se conclue pas sur une scène de bouffe. On peut comprendre cela comme la volonté d’inscrire l’intrigue dans une continuité : les personnages ont fait face à la crise, et ont réglé leurs problèmes. La vie continue, et il y aura, à n’en pas douter, d’autres repas (le plan final du générique de fin sur les mains de Kenji et Natsuki enlacées en est une preuve). Aussi, il n’est pas nécessaire de rappeler au spectateur les moments de tension passée.

Une famille polynucléaire

Si la nourriture, de sa préparation à sa consommation, rassemble toute la famille, les Jinnôchi sont avant tout éclatés en plusieurs branches, comme rappelé plusieurs fois au cours du film. Et si l’esprit familial est entretenu par les récits historiques et/ou légendaires du clan que les anciens aiment à rappeler après avoir un peu picoler, sous les vivats des plus jeunes, chacun reste avant tout très proche de sa famille immédiate.

Dans un premier temps, les personnages sont présentés suivant le schéma de « untel, fils de untel, marié à machine, parents de truc et bidule. » Ca marque bien leur différenciation, comment ils ont évolué de la branche principale pour fonder leur foyer plus ou moins heureux (par exemple, une des tantes éloignées de Natsuki est divorcée).

Par ailleurs, dans le travelling horizontal qui fait suite au décès de Sakae, chacun se morfond auprès de ses « plus » proches. Si on partage sa joie en grand groupe, il n’y a qu’avec les très proches qu’on peut pleurer et se laisser à une tristesse extériorisée.

En fait, seule Sakae, l’arrière-grand-mère, semble assurer la cohérence de l’ensemble du clan. D’abord par son poids moral : malgré son apparence frêle (ET TOUJOURS SES DEUX DENTS IMPROBABLES QU’ELLE CACHE ON NE SAIT COMMENT), elle a une multitude de contact avec à peu près tous les puissants du Japon, qu’ils soient politiques comme entrepreneurs. Ensuite, parce que c’est la doyenne, bon sang. On doit respect et honneur aux gens qui ont vécu vachement longtemps, a fortiori quand ils ont reçu une décoration aussi prestigieuse que la médaille au ruban pourpre, remise au Japon à « ceux qui ont contribué au développement des sciences et des arts par la clarté de leurs publications. » Enfin, parce que même morte, elle parvient à faire sortir de le meilleur de chacun et à unir son clan par des mots simples mais puissants : « En tant que famille, ne vous perdez pas de vue. Ne devenez pas esclaves de vos vies. Même dans les moments difficiles, faites en sorte de toujours partager vos repas ensemble – LA BOUFFE, ENCORE – sans qu’aucun membre du clan ne manque. Les choses les plus importantes, c’est de ne pas avoir faim, et de ne pas être seul. Vous avoir tous près de moi a été une bénédiction. » Que dire de plus ? Tout est là.

Car les tentatives de sauver le monde en petit comité ont toutes échoué jusqu’ici : parce qu’il y a la cérémonie funéraire à organiser, parce que cet imbécile de Shôta a déplacé les pains de glace ou parce que Wabisuke est absent.

C’est donc une immense famille unie qui va pouvoir affronter le grand méchant programme informatique défaillant développé pour l’armée américaine. Et cette force familiale va déplacer des montagnes. En participant non pas à un combat belliqueux comme King Kazuma, mais à une partie à hauts risques de hanafuda, ce jeu de cartes traditionnel nippon qu’on y comprend rien, nous autres. Natsuki rappelle ici que ce sont les femmes qui ont fait le clan Jinnôchi. Mais au-delà du simple clan Jinnôchi, c’est la notion universelle de famille qui est mise en valeur et magnifiée, puisque des millions d’inconnus, émus par la force de caractère de cette poignée de Japonais attachants, vont jusqu’à mettre leurs alter ego numériques entre les mains de la lycéenne pour sauver le monde.

Cependant, à la fin du film, chacun retrouve son cocon familial : les parents de Natsuki arrivent enfin, Kazuma prend conscience de son rôle à venir de grand-frère, Ryôhei retrouve sa maman qui lui apporte du calamar grillé, et Mariko commence à endosser sa nouvelle position de doyenne en agissant un peu comme Sakae.

Si le Roi Lear avait été moins mauvais, il aurait trouvé son immortalité dans sa descendance

Enfin, thème grave du film, il y a le deuil. Or, comme déjà un peu abordé plus haut, Sakae décède brutalement au milieu du film, laissant un temps le reste du clan dans la détresse. Cependant, la deuxième moitié de l’œuvre montre la mort moins comme une fatalité que comme un processus logique de la vie, et donc un moyen de faire durer la famille.

Car elle le dit dans la lettre qu’elle laisse : l’arrière-grand-mère n’a aucun bien matériel à léguer à ses descendants. Seuls les bons moments passés, les souvenirs agréables, et la compagnie d’une famille chaleureuse subsisteront. D’ailleurs, on notera que, alors que tout le monde prend vraiment conscience du départ (doux euphémisme) de Sakae, Kyôhei, le nouveau-né de Katsuhiko et Yumi se met à pleurer, réclamant le sein de sa mère. La mort de quelqu’un, aussi formidable cette personne soit-elle, ne doit pas faire oublier la vie. The show must go on.

La mort n’est donc pas une fatalité. On rentre ici dans le schéma classique de cyclicité propre à de nombreuses cultures disparues (les Romains, entre autres) comme présentes (la culture nippone, ici, en l’occurrence), qu’on opposera généralement au schéma linéaire (le temps qui file sans se retourner, comme en Occident aujourd’hui). On peut même penser le départ aussi soudain que brutal de la doyenne comme une sorte de passage de témoin, de sacrifice même, pour le bien de sa famille. Il suffit de se souvenir les derniers mots qu’elle échange avec Kenji :  » Prends bien soin de Natsuki.  » comme si elle le reconnaissait comme son arrière-petit-gendre (ça se dit ?), et que donc ça sera lui The Man in Charge dans un avenir proche, soutien essentiel à la future grande dame qu’est destinée à devenir NatsukiSakae a bien vécu, elle doit laisser la place aux plus jeunes, comme Wabisuke par exemple, mais surtout comme Natsuki, qui a prouvé sa valeur de digne descendante directe de l’aïeule en gérant LIKE A BOSS au jeu de hanafuda (qu’elle avait appris avec l’arrière-grand-mère, donc), avec grâce et charme.

Alors que la mort aurait pu séparer, au contraire, elle soude, ici. Que le film se conclut avec l’apparition quasi miraculeuse d’une source d’eau chaude, mise à jour par ailleurs par un objet de destruction massive (un missile, rien de moins), n’est pas un hasard. D’une part parce que l’eau, tout bêtement, c’est la vie. D’autre part, parce que cette source va pouvoir constituer une source de revenus pour la famille. Et si y’a de la vie dans Viva, il y a aussi de la vie dans la mort. C’est pour ça que les vivants se souviennent avec joie des bons conseils prodigués par la morte, et ne sont, in fine, pas tristes au moment des funérailles, conscients du bonheur de ne pas être seuls.

MAIS LES DENTS, QUOI !

Conclusion

Summer Wars met en scène une famille comme il n’y en a plus beaucoup au Japon. D’abord parce que c’est pas tout le monde qui peut revendiquer le pedigree des Jinnôchi,  qui ont possédé des fiefs, des montagnes et ce genre de trucs que jamais mes ancêtres ont eu, pécores qu’ils étaient. Ensuite parce que les clans ruraux, ils ne sont plus très ruraux, et que les familles se sont dispersées un peu partout dans l’archipel avec le boom économique d’après guerre. Enfin parce qu’avec la crise économique des années 1980, qui a peu à peu évoluer en crise de valeurs, le Japon a calqué son modèle familial sur une norme occidentale, à savoir la famille nucléaire stricto sensu.

Sans se montrer extrémiste, Summer Wars fait preuve d’une certaine nostalgie dans son message, voire d’un certain conservatisme. OZ en est le meilleur exemple : les réseaux sociaux sont quelque chose de formidable, parce qu’ils permettent l’échange. Mais ils ne sont possibles que pacifiés (les gardiens de OZ s’appellent d’ailleurs John et Yoko…) Quand un élément mauvais comme Love Machine intègre le bouzin, le délicat équilibre qui était en place s’écroule comme un château de cartes, un peu comme Skynet. En soit : ne laissons pas tout aux machines, sinon elles vont nous bouffer nos vies, et bonne chance quand elles pourront lancer des bombes.

Il en va de même avec la famille : c’est un clan bien japonais qui a gagné, et pas des noyaux isolés, affaiblis par leur petit nombre. Faut-il voir Summer Wars comme on peut voir Le Voyage de Chihiro ou Princesse Mononoke, deux autres magnifiques films (que vous avez vu, j’en suis sûr) aussi porteurs de messages forts (le premier :  » Japonais, n’oubliez pas vos dieux et votre culture  » ; le second :  » Un développement humain doit se faire en accord et respect de la nature. « ) ? C’est fort probable. Hosoda avait d’ailleurs été à la tête du Château Ambulant, avant d’abandonner rapidement le projet, les désaccords avec Miyazaki étant trop importants. J’attends donc le prochain film du maître avec une impatience non feinte.

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