The Breaker – Kimchi dans la bouche ?

Publié: 15 mars 2012 dans Geekisme, Manga, Otakisme
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(Je… Pardon… Ce jeu de mot m’a été inspiré par le Malin. Je m’en excuse platement.) Bon alors d’abord, je sais pas pourquoi je commence cet article. Ou plutôt, je sais pas comment le commencer. Aussi, comme à l’accoutumée, je vais devoir parler de moi. Mais comme une image vaut mille mots, ben BLAM dans ta face ! Mange-toi du gros swag à pleine poignée :

Dis iz haow da real SWAGGRAS iz ! Tac tac, tavu.

Prostituée des médias, tel est désormais mon qualificatif. Non pas que je l’étais pas avant (oh ça non, hein). Mais maintenant, j’ai un tour de cou avec mon nom pour pas me faire taper par les services d’ordre des différentes personnalités politiques que je suis amené à croiser. Et puis comme je m’ennuyais ferme cet après-midi, j’ai fait la dinde en me prenant en photo, tel la lycéenne encore rose qui duckface à tout va sur Facebook.

Tiens, d’ailleurs, en parlant de prostitution et de médias, l’émission du Synops Bubble Show dans laquelle j’ai un son pourri au début à cause du mauvais réglage de mon micro est téléchargeable (et donc écoutable) ICI. Je fais beaucoup d’efforts pour dire pas trop de bêtises, mais c’est dur. Et puis de toute façon j’m’en fous, j’ai gagné (mollement, certes) le quiz.

Sinon, là, tout à l’heure, j’ai regardé le dernier épisode en date de DanshiKô. Le premier chapitre m’a tellement rappelé des épisodes douloureux vécus, que ça fait plaisir d’avoir cette catharsis expurgatoire par le LOL. Et l’épisode impliquant flaques d’eau et chutes sur le sol m’a évoqué ce tweet de Concombre Masqué, mais en plus drôle (épisode de sa vie plus longuement abordé dans le Mario Maso 4×07). En somme cette série qui rompt parfois le 4ème mur continue d’être fort distrayante et rigolol dans son absurde légèreté, et c’est très chouette.

MAIS fini de déblatérer sur du manga ou de l’animation ou du moi présentement, car comme le titre du post peu le laisser devinez, il sera aujourd’hui question de The Breaker, une bandessinée qui sent l’huile de sésame et le chou fermenté pimenté.

Le soft power sud-coréen : Die$el Power

Quand on parle de culture sud-coréenne aujourd’hui, c’est pour parler de super formations musicales formatées par quelques paires de grosses majors à cause que des trucs comme le SM Town Live World Tour ou le Music Bank K-Pop Festival que même des grognasses aux jambes démesurément longues ont chanté à la télévision française de Michel Denisot. Alors que nous, on y comprend rien à leur Moon Language chelou. Avant, quand on parlait de culture sud-coréenne, c’était pour dire plein de bien de la poésie cinématographique de Im Kwon-Taek ou de la violence esthétique de Park Chan-Wook. Et avant, on en parlait pas parce qu’on s’en foutait royalement, et que les cinéastes ils faisaient pas des trucs biens comme maintenant.

En somme, depuis une petite vingtaine d’années, le ministère de la Culture sud-coréen pousse grave au cul de ses talents artistiques (quoi que recouvre cette notion d’artistes…) pour qu’ils produisent bien et beaucoup, et surtout exportable. Grâce à une adaptabilité assez ouf’ d’un point de vue marketing et comm’, en peu de temps, le coréen est devenu trendy d’abord en Asie (cinéma, drama, musique), puis dans l’Occident des longs nez longs pieds (cinéma, musique). Et ils bouffent veu-gra les Jap’ sur leur terrain de prédilection jusqu’ici : l’exportation culturelle. D’où soft power, propagation expansive important de la bonne culture pop made in Kim, etc, etc. Tout ceci est expliqué bien mieux avec un cynisme pas désagréable mais un tantinet bourrin (quand même) dans ce post de Drink Cold. Et si vous désirez en savoir plus sur la logique des majors coréennes, puisqu’on a évoqué prostitution et médias plus tôt, je vous renvoie au podcast de Nunya qui en parlait à une époque qui semble désormais bien lointaine.

ET PUIS DONC dans cette politique d’expansionnisme culturel qui se targue d’empiéter sur le territoire de Takeshi – revanche de l’histoire, tout ça, vous n’aurez pas la Mandchourie et la Lorraine, tout ça – y’a z’aussi le 9ème Art. Le manhwa. Le manga sud-coréen, en somme #trollface.

Le manhwa pour les nuls, dans les grandes lignes

Le manhwa désigne donc l’art séquentiel, comme Will Eisner aimait à qualifier la bandessinée, qui vient de Corée. Comme le manga, le manhwa naît d’abord à la fin du XIXème siècle dans les journaux satyriques, comme un outil de critique sociétale. Dans les strips, on se moque des personnalités, quoi. Et puis avec l’annexion nippone, les auteurs de manhwa 1/ développent un peu clandestinement cet art de la révolte houlala ; 2/ s’inspirent des techniques japonaises aussi parce qu’on serait rien sans ça (notez que cette tradition perdure : ainsi, Samsung n’hésite pas à s’inspirer de Apple pour lui mettre son nez dans son caca.) Et puis c’est la libération, on tond les confort women, et les dessinateurs de BD se retrouvent plein de désarroi sans avoir d’autorité japonaise pour se moquer. Et puis les militaires qui prennent le pouvoir sont pas très LOL non plus. Alors la BD coréenne stagne, alors que dans l’archipel d’en face, Osamu Tezuka et ses copains et ses copines et ses enfants spirituels réjouissent petits et grands dans la joie et la démocratie et l’occupation américaine qui influe beaucoup tout ça.

Avec le rebond économique des Dragons (donc la Corée du Sud est – du verbe être, hein ; parce que la Corée du Sud-Est, ça veut pas dire grand chose, déjà qu’avec celles du Nord et du Sud, on n’y comprend pas grand chose), le manhwa rebondit aussi, mais au sens figuré, parce qu’au sens propre, je vous dis pas le désordre. Et puis développement, calquage sur le modèle économique et artistique et bla japonais, et puis voila.

Aujourd’hui, le manhwa, qui est d’abord largement réservé à un marché national, commence sérieusement à intéresser les éditeurs occidentaux parce que le rachat de licences japonaises, ça coûte du pognon, surtout depuis que les éditeurs se sont rendus compte qu’il y avait quelques marges grassouillettes à se faire en taxant aux visages pâles, et que les BDs des pays autour du Japon, ça ressemblait au manga mais en moins cher, et même des fois en couleurs (ils sont forts ces Chinois).

Alors du coup, Kim, il s’est dit qu’en plus des cinéastes bien et des chanteurs/teuses teu-pu, il allait aussi pousser au cul des dessinateurs divers et variés, et voir. Aussi, par exemple, cette année, à Japan Expo, ben vois le stand énorme occupé par l’Office du Tourisme Sud Coréen. Avec en prime des auteurs présents, édités chez Booken Manga, une maison d’édition française récente (2 ans d’âge maximum au compteur), qui se revendique comme éditant des BDs asiatiques d’action, mais qui a eu le nez creux pour dénicher quelques très bons titres sud-coréens. D’ailleurs, à ce jour, la quasi intégralité de leur catalogue est composée de coréen. Doit juste y avoir un titre japonais.

ET DONC, pendant cette Japan Expo avec ce stand énorme, on pouvait interviewer les auteurs en question dans de petits pavillons très mal isolés. Et les auteurs en question, c’était Jeon Geuk-Jin et Park Jin-Hwan, qui sont derrière The Breaker (on y vient enfin).

The Breaker > Incassable > Cassé de Nolwen Leroy

Donc The Breaker. Au scénario, si mes yeux sont bons, on a donc Jeon Geuk-Jin, un grand maigres avec des dents chelou ; au dessin, si mes verres de lunettes sont adaptés, on a Park Jin-Hwan, un petit gros avec une coup de cheveux improbable (rasés sur les côtés, mi-pas trop long sur le dessus, pour un plus bel effet roumain). Et puis ensemble ils font de la bandessinée, et ça se passe bien, et puis The Breaker c’est fini en Corée (avec 10 volumes), mais en fait, ça va, y’a une sequel qui s’appelle The Breaker : New Waves avec l’amour qui nous séparera et j’en peux juste plus et la berceuse, là, et qui est toujours en cours de publication.

L’histoire commence avec un gamin qui se fait méchamment marave la djeule par une bande de racailles de son lycée – on sait que c’est des racailles parce qu’ils fument dans la cour du lycée, et que le chef a le crâne rasé. Le molesté s’appelle Shinwoo. Il est vite rejoint par un type zarb’ à la chemise bariolée qui lui demande la direction de la salle des profs. Il a le regard lubrique, la clope au bec (c’est donc un rebelle lui aussi), et il s’appelle Chonwoo. On apprendra bien vite qu’en fait, c’est un mec très très balaise en baston, et d’un coup on a grave l’impression d’avoir entre les mains un spoof parfumé au kimchi de GTO.

Mais en fait non. Car si le contexte de départ est similaire (un faux prof lubrique balaise en baston qui va aider un de ses élèves en lui donnant des coups de pied aux fesses), on se rend bien vite compte que les enjeux sont plus grands. Il y a une société secrète de maîtres en arts martiaux (on ne sait pas s’ils sont reptiliens par contre), il y a des gens aux fonctions bien déterminées (transporteur, guérisseuses, ce genre de trucs), et d’un coup, on se dit que plutôt que GTO, c’est plutôt Get Backers qu’on lit.

Mais encore une fois, on se trompe. Parce que y’aura aussi de la mort, des bishi qui, ça se trouvent, aiment les bishi, des loli maladives, des munemune oppai à peine vêtues, de la destruction architecturale, etc, etc (je me rends compte que j’emploie beaucoup de termes relatifs au manga, ce qui est un peu maladroit pour qualifier du manhwa, mais bon, fuck dat). Et au final, alors que comme un boulet on tenait absolument à comparer ce titre avec des œuvres un peu plus connues, on se laisse absorber par l’histoire et on arrête de chercher la comparaison.

Plagiat ? Plagiat ? Hou, plagiat ?

Quand on les interrogent sur leurs inspirations, Park et Jeon sont gênés, et ne nous contentent d’un « on a trop de références pour pouvoir en citer quelques unes » bien frustrant. Cependant, il semble évident que le personnage phare de Toru Fujisawa a servi de modèle à la construction de Chonwoo, d’autant plus que le scénariste a commencé à travailler sur The Breaker en 1999, alors même que GTO cartonne de l’autre côté de la mer. Mais le travail de l’histoire a été tel qu’on arrive à prendre beaucoup de distance par rapport à cette source d’inspiration première. Ainsi, aujourd’hui, il peut évoluer tout à fait indépendamment de son modèle nippon, et ne souffre plus la comparaison tellement tentante au départ.

Par ailleurs, si inspirations il y a, elles sont plus à chercher dans le cinéma que dans la bande dessinée. Ainsi, Park a porté une attention toute particulière à l’exécution des scènes d’actions, décomposant sur plusieurs cases ce qui sur grand écran s’apparenterait à de la slow-motion. C’est fluide et le dessin rend le tout ravissant à l’œil (ce qui n’est pas le cas des scènes d’action de Ares de Ryu Geum-Chul, par exemple), et la bagarre est alors plus lisible, avec cette tension et cette violence tout à fait palpables. Il en va de même pour les expressions faciales : le moindre mouvement musculaire transforme – « comme dans la vraie vie » – le plus charmant sourire en une grimace effrayée.

Enfin, scénaristiquement, les enjeux sont bien différents de GTO. Si dans le manga, Onizuka s’en prenait à un système éducatif sclérosé par un différentiel générationnel entre des jeunes désabusés et des adultes qui ont vu leurs rêves voler en éclats, The Breaker, sous ses dehors 100% action, révèle une intrigue plus léchée qu’il n’y paraît. Donc, OK, y’a une société secrète de mecs des arts martiaux tout ça, et c’est forcément prétexte à de la grosse baston. Mais c’est aussi une histoire d’apprentissage, un conte moral type « grand pouvoir -> grandes responsabilités ou au moins en tout cas grande mesure », un nœud politique où s’affronte différentes conceptions des arts martiaux (les bourrins, les mesurés, les « il ne peut en rester qu’un »…), une romance à plusieurs niveaux,… Une histoire bien complète qui fait plaisir, donc.

DONC si vous avez envie de tenter l’expérience coréenne sans avoir à vous injecter du SNSD, 2NE1 ou autre barbarisme digne des Chiffres et des Lettres dans les oreilles, sautez sur ce manhwa. Parce qu’il est accessible (même si l’intrigue se déroule dans les bas-fonds séolites, la connaissance de la culture coréenne et de son histoire n’est pas nécessaire – contrairement à La Légenre du Roi Muryong, qui sort bientôt – au pire, y’aura quelques termes en coréen qu’on peut rapidement oublier), bien dessiné et divertissant. Et ceci doit être la conclusion la plus pourrie écrite à ce jour pour dire du bien d’un truc.

P.S. branlette : Au fait, z’avez vu, y’a une page Facebook maintenant. Siouplaît, un p’tit clic, pour être au courant de trucs et de machins… J’me suis pas fait chier à faire un logo tout beau si c’est pour qu’il serve à rien, quand même…

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commentaires
  1. Celine Maxant dit :

    Tu t’es fait chier à faire ton logo ? Ah bon t’es sûr ?

  2. En même temps, vaut mieux être « bourrin » avec les gosses de Nautiljon, même si l’aveuglement y est aussi stupide que dans les rangs visualeux.

    Sinon, content de voir que ma « minute économique » permet à d’autres de s’attaquer à la K-Poop dans toutes ses lignes.

    On a rien contre la corée ceci dit. J’y vais régulièrement histoire de parler produits dérivés et perspectives économiques, quand c’est pas pour flamber des won dans des marques locales improbables. Mais pour le contexte culturel, faut dire qu’ils partent de loin. Et qu’à part plagier puis arranger le modèle nippon à la sauce kimchi, avec l’arrangement occidental qui va bien en ce moment, ils ont au fond pas grand chose à proposer, manhwa itou.

    Sinon, le ministère de la culture s’est transformé en ministère de la propagande y’a seulement de ça quelques années. En 1998/99, la Corée était en mode « Bankrupt » hein. Et avant, c’était pratiquement le désert culturel. Comme quoi, ils viennent de loin les mecs. Et ils ont faim.

    Bon sur ce, je vais aller liker ta page facebook.

    On aimerait bien te voir aller liker la nôtre. Voir passer « Boire Frais ». Ca mange pas de pain, et ça fait toujours plaiz. Surtout de la part d’un yellow nigga. 😉

    Clarence, white trash

    • yllwngg dit :

      J’ai jamais pensé que vous étiez anti-coréens, hein. La maîtrise du sujet dans l’article montre une très bonne connaissance du contexte du bouzin qui aurait été de fait biaisée si tu avais cherché à descendre le pays… Pour le contexte, je ne fais pas preuve des mêmes connaissances – n’étant pas nippophone et débutant seulement en coréen – et me suis contenté du bouquin de Michael Breen. Donc je savais un peu que le pays par de loin pour l’export de ses produits culturels (avant Kim Ki-Duk, point de salut).

      Je te remercie du likage – ça se dit ? – de la page, ainsi que de l’invitation à vous rejoindre sur Drink Cold. Cependant, je vais devoir repousser cette dernière offre, au moins pour l’instant, étant pris par mon vrai travail de la vie vraie, et aussi par d’autres projets rédactionnels. Mais qui sait, si d’aventure le chômage et le temps libre frappent à la porte, peut-être te recontacterais-je. Même si je ne fais pas preuve, encore une fois, de la même maîtrise des sujets que vous abordez.

      YllwNgg, faux polacoréen.

  3. Feric Jaggar dit :

    Gloire au Japanisthan du Nord ! Gloire au thème Greyzed !

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