Passion journalimse

Publié: 8 avril 2012 dans Ego Trip, La Vie l'Univers et le Reste
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J’suis journaliste ! J’suis journaliste ! J’ai un enregistreur noir avec un carnet si faut interviewer des personnes ! Vous savez, moi, les personnes… En tout cas, c’est ce que je fais croire à ma famille et à mes potes. Et à moi aussi. Parce qu’en vérité, j’ai pas encore la carte de presse, et aux yeux de la maréchaussée, pas de carte de presse, pas de chocofesse (C’est pour la rime ; chocofesse n’est pas un vrai mot, quoi qu’en dise Google).

Donc ouais. Un post sur le journalisme. En réponse à ce post de L’Usine à Problèmes où Concombre fait part de son angoisse de pas avoir les concours des prestigieuses (mouif) écoles de journalisme reconnues par les professionnels de la profession. Le journalisme… Le journalisme… Oui, le journalisme… (excusez la vacuité totale de ce début de post, je suis la fatigue en ce moment, mais c’est la faute à Top Chef ; je suis tellement la fatigue que j’écoute du dubstep pour justifier mes gesticulations incongrues causées par l’absorption massive de café ; dans une semaine, tout ça sera fini, normalement… #NOT #PrésidentielleBIATCHE) La mission d’informer le monde, le 4ème pouvoir, une des professions les moins appréciées des Français d’après le sondage de l’IFOP pour le défunt France Soir réalisé l’an dernier (mais au moins, on est devant les politiques, alors ça va.) Un métier qu’on aime pas trop et qui pourtant attire de plus en plus (suffit de voir le nombre d’étudiants du supérieur, voire du secondaire, qui souhaitent embrasser une carrière dans LE QUATRIÈME POUVOIR – brrrr). Alors pourquoi faire du journalisme, alors que la télé rend con, que le print se casse la gueule, que la radio n’embauche pas, et que le web cherche encore son modèle économique ? Et comment on fait, pour devenir journaliste, dans ce contexte pas top délire méga groove ? Eh ben j’en sais rien. Aussi, je vais parler de mon petit exemple concret, qui n’est pas le parcours lambda, si tant est qu’un tel parcours existe.

Moi, et puis moi aussi, et un peu moi.

Longtemps je me suis couché de bonne heure. Nan parce qu’en fait, en théorie, quand on se couche à 6h00 ou 7h00, on peut considérer que c’est de bonne heure, je pense. La faute à rien sinon mon manque total d’autodiscipline, et puis y’a toutes ces séries, là, américaines comme japonaises. Et puis les jeux vidéo un peu… Et comme les études, ça allait (i.e. je passais en année supérieure sans trop me fouler), ben j’avais aussi le temps pour écrire des bêtises sur un blog, prédécesseur de la présente chose. Voila comment je me suis mis à écrire. Un peu spontanément, sans autre réel motif que la volonté d’exposer une partie de moi sur l’internet. De fil en aiguille, j’ai pris goût à ces efforts rédactionnels maladroits. Mais le souhait de bosser dans la presse n’était pas encore là ; à l’époque, je me voyais comme fonctionnaire européen ou prof d’histoire. Et puis après un ramassage de gueule particulier, je me suis impliqué dans une radio associative, Prun.

Là, d’abord, j’ai appris à parler dans un micro – j’étais co-animateur dans une émission de vulgarisation culturelle. Ensuite, j’ai appris à construire une émission – l’année suivante, j’étais aux commandes de Ongaku, une hebdomadaire consacrée à un thème de la musique japonaise ; bizarrement, il y a eu beaucoup de spéciales anison. Et puis je me suis pris au jeu du rédactionnel, en intégrant l’équipe de journalistes. Là, un petit quelque chose a émergé : parce que j’aimais être « au cœur de l’actualité » nantaise, à voir par le petit trou de la lorgnette les événements qui se faisaient. Parce que j’avais aussi la satisfaction d’apporter de l’information, et donc de poursuivre le rôle de médiation initié par l’enseignant. Car plus que la mise au courant de l’état d’un monde en constante évolution, pour moi, le journalisme, c’est l’école « pour les grands » : apprendre des trucs aux lecteurs/auditeurs/spectateurs. Des trucs qui peuvent être d’actualité, mais aussi des trucs plus intemporels.

Bon, bien évidemment, cette vision naïve des choses a beaucoup évolué depuis. Cependant, c’est motivé par ce vœu innocent que j’ai entrepris de passer les concours des écoles de journalisme. Mes 4 tentatives se soldèrent par autant d’échecq. J’ai donc intégré InfoCom Nantes, formation dépendante du département de Lettres Modernes. A noter qu’Alexandre Hervaud, ex-star d’Internet (je dis ex parce qu’il passe plus à Nolife et qu’il a quitté Paris) a fait la même chose, et que Joël Ronez y a donné quelques cours. Donc c’est bien la preuve qu’on peut aussi s’en sortir sans faire d’école. Plouf plouf. Et puis j’ai fait de vagues stages, et puis voila. En parallèle, j’ai poursuivi mes activités radiophoniques (j’animais avec les compères @PencilKz et @KorentinFukyou une émission intitulée Does Anyone Speak G33K et c’était bien, on disait des bêtises) et bloguesques (un peu). À la fin, j’avais mon master, et la télé locale où j’avais fait mon dernier stage et qui m’avait vaguement promis un CDD partait en couille. On est alors en juin 2010.

A cette époque, je rentre un peu en contact avec @CelineMax, rédactrice en chef du Journal du Japon, qui recrute alors des gens. C’est ainsi que j’ai intégré le monde merveilleux de la presse spécialisée dans les trucs populaires japonais. Et c’est sympa, la presse spécialisée dans les trucs populaires japonais, parce que par exemple, ça permet d’avoir des accréditations pour Japan Expo, ce qui est chouette quand on veut embêter des gens sur le stand Glénat ou interviewer comme ça tac-tac face à face des gens. Mais bon, ça nourrit pas son homme, et mes parents qui se demandent depuis tant d’années « qu’est-ce qu’on va faire du p’tit ? » commencent à me faire comprendre que bon, ça serait sympa de se bouger le cul, là, hein.

Et puis par le truchement du réseau social qu’on appelle Facebook, je tombe sur une annonce de stage relayée par l’amie d’un ami qui dit que peut-être on pourrait se permettre de… non, j’m’égare. Bref, je vois une proposition de stage qui semble un peu à l’arrache mais bon, pour bosser un mois comme assistant d’émission spéciale pour une émission… spéciale. J’envoie un mail sans trop de conviction, et bim, le soir même, on m’appelle, pour me dire que c’est acquis. Ainsi, j’ai intégré TV5MONDE. Le stage se passe bien, et après un trimestre de glande à compter mes doigts, on me re-rappelle pour me proposer cette fois un vrai contrat (CDD, faut pas déconner) et tout et c’est cool. J’avais plus qu’un pied dans la maison, j’étais lancé. On est en janvier 2011. A cette époque, parce que @CelineMax est devenue brièvement la rédactrice en chef de Total Manga Mag, j’intègre également cette équipe, et on peut lire un peu mon nom en signature d’articles sur les toilettes japonaises (protip : si vous vous demandez comment ça fait en vrai des Washlet, allez donc faire un tour au Gyoza Bar situé Passage des Panoramas, vers Grands Boulevards, à Paris – en plus de passer du Nujabes et de servir une nourriture de qualitaÿ, ils possèdent des toilettes intégrant siège chauffant, nettoyage à l’eau et tout le bouzin), Panty & Stocking ou encore Japon, qui es-tu ? C’était chouette  aussi.

À ce premier CDD a suivi un second, en tant que rédacteur web pour de vrai, cette fois. Ambiance de rédaction, coups de sang et rush hours. Mais aussi révoltes syriennes, entrée de la Palestine à l’UNESCO, affaire Murdoch et femmes battues. À ce moment, je recouvre Japan Expo, pour Total Manga, donc. J’y interviewe une auteure de yaoi (les séquelles de cette itw me marquent encore), et aussi Suda51, ce qui est quand même assez ouf, parce que, bon, Killer 7, je l’avais retourné à l’époque.

Et puis y’a maintenant. Le dernier CDD en date s’est terminé à la mi-décembre pour d’obscures raisons administratives et tout. J’ai été rembauché en février, pour la mission sur laquelle je bosse actuellement, à savoir journaliste web/community manager/homme à tout faire pour une émission consacrée à la présidentielle. Et je suis retourné au Journal du Japon, où l’on fait de bien jolies rencontres (mais je vais y revenir).

Maintenant que je me suis bien masturbé à vous raconter le début de ma success story, voila les conclusions qu’on peut tirer de mon parcours, et de ce qu’est le journalimse pour wam : c’est 10% de chance, 20% de talent, 15% de volonté concentrée, 5% de plaisir, 50% de douleur, et 100% de raisons de se souvenir du nom. 10% de chance, c’est évident, vu que si j’avais pas glandé sur Facebook au moment où l’annonce de mon pote avait été publiée, peut-être qu’à l’heure actuelle, je serais toujours en train d’enfiler des perles. 20% de talent, parce que bordel, pour que les gars me rappellent alors que je suis un nobody, c’est que j’espère avoir fourni un boulot qui les a convaincu. 15% de volonté, ben c’est s’accrocher et tanner ses employeurs pour qu’ils se souviennent bien de toi. 5% de plaisir, on va y revenir, j’vous dis. Et 50% de douleur, ben c’est que journaliste, c’est un boulot à temps complet. Pas que ça me soit arrivé souvent, mais des fois, on t’appelle tôt ou le week-end parce que y’a un truc de ouf qui se passe et qu’on a besoin d’un tocard pour faire des machins.

Alors les 5% de plaisir

I’m a journalist and I’m OK, I sleep all night and I work all day.

Ouais, parce que bon, hein, journaliste, ça a aussi quelques avantages. Notamment grâce à la carte de presse, sorte de sésame ultime qui te permet, en sus d’un abattement fiscal de -30% qui remonte au XIXème siècle, permet globalement la gratuité au ciné, au musée, au monument, et autres choses du genre. Et en plus, on a trop la classe. Protip : comme moi, tu es journaliste non encore encarté, et un vigile te casse les pieds parce qu’il veut voir ta carte sinon tu rent’ pô. Pas de panique : montre-lui ton badge de cantine, ta carte de visite ou tout autre objet de type carte où qu’y a ton nom, ta photo et le nom du média pour lequel tu bosses. Dans 60% des cas, le fâcheux va scruter d’un œil méfiant mais satisfait l’objet, puis bien penaud, te le rendre, et te laisser passer. Si le gars est suffisamment bas de front, ça passe. Sinon, déclarer qu’il s’agit d’une carte de presse européenne, ou une bêtise du genre.

Mais outre la carte de presse, les 5% de plaisir viennent de la satisfaction liée au boulot. Et c’est un mec qui vote à gauche qui vous le dit ! Se lever pour aller au taf n’est pas une corvée – OK, je suis jeune dans le boulot, mais des métiers à la con, j’en ai fait, et aucun ne m’a apporté autant de satisfaction que celui de journaliste, total comme partiel. Et puis il y a le bonheur lié à l’interview. Celle de Suda51 en est un exemple : pouvoir rencontrer dans un cadre professionnel – i.e. l’interviewé, l’interprète, le photographe et moi – un type qu’on adule, et ce pendant 30 minutes, c’est simplement ouf. Plus récemment, j’ai eu l’occasion d’interviewer pendant près d’une heure et demie JP Nishi (interview à lire début mai dans le Journal du Japon), et c’était… c’était… c’était royal ! Parce que c’est un artiste remarquable. Parce qu’à la fin, c’était moi l’interviewé, quasiment. Parce qu’à la sortie de cette rencontre, je souriais bêtement, et j’ai souri bêtement pendant plusieurs jours, mon corps libérant plus d’endorphines que d’habitude. Et je parle de personnalités liées à la culture japonaise, mais ça a été la même avec Cécile Sciamma ou Tawakul Karman.

C’est ça, le bonheur du journalisme : pouvoir rencontrer (avoir accès, même) à des gens que normalement il faut faire la queue, être payé pour ça, et même des fois on t’offre le thé ! Je sais pas ce que je ferai plus tard (= dans 6 mois, 1 an, 5 ans, une décennie), mais tant que je peux avoir des satisfactions aussi fortes, je ne vois pas de raisons – outre financières, hein parce que faut pas déconner non plus – de faire un autre boulot. J’aime écrire, mes chefs aiment ce que j’écris, j’ose espérer qu’il en va de même pour ceux qui me lisent, donc je reste.

Donc, non, le journalisme c’est pas la carrière rêvée en ce moment, dans un contexte de pluri-média qui fait peur aux vieux et que les jeunes peuvent pas faire grand chose faute de moyens et/ou de soutiens. Cependant, à qui souhaite suivre cette voie POUR DE BONNES RAISONS, je ne peux que l’inciter à continuer, quitte à se prendre quelques poteaux dans la gueule avant.

And now, for something completely different

Y’a toujours mon concours blind-test, là. Toujours un volume de Gon, ou un truc du genre à gagner. Y participer, c’est s’assurer longévité, puissance sexuelle, retour de l’être aimé et réparation informatique sur une durée allant de 2 minutes à 6 mois. Des études l’ont prouvé. DES ÉTUDES L’ONT PROUVÉ J’VOUS DIS.

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commentaires
  1. Ramza dit :

    Un article qui fait plaisir, on se sent moins seul 😉

    N’ayant jamais fait, non plus, les études adéquates (Master de chimie organique pour le webjournalisme manga, la corrélation de l’impossible) je vogue donc depuis des années en eaux troubles (ah si le journalisme web manga c’est trouble) mais la passion reste intacte, grâce aux rencontres dont tu parles qui font tout le sel du métier et qui curieusement, ne blasent jamais… Même qd l’interviewé te plait pas, l’exercice de l’itw reste sympathique. Et qd, comme sur JP Nishi pour citer le même exemple, on ne nous cantonne pas au 20min top chrono traduction comprise, on prend un plaisir immense !

    Bref, t’es sur la bonne voie, continue de t’éclater l’ami, ça fait plaisir à lire (^__^)b

  2. Celine Maxant dit :

    Tu connais mon erreur. Avoir laisser tomber mon poste post-stage à Presse-O pour me consacrer à TM Mag. J’en ai perdu toute ma connexion avec le monde du journalisme total non japonisant. Grossière erreur !

    On a des parcours très similaires.

    (tu as oublié Zoo le mag ?)

  3. DS dit :

    Bien bien, ça donne envie.
    Et puis continue à distiller du Monty Python dans chaque article et tu auras mon admiration éternelle…

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